Belvédère
I
Serpente le serpent, la route Belvédere,
Je ne peux la quitter.
Domino le bassin où se coagule la ville dans son nid,
Gouffre familier,
Griffonné par le fleuve
Mon œil concentré sur les innombrables sillons qui descendent
dans la Cité
Déverser leur histoire immuable.
Conjectures de nuit avant vers leur destin,
Ou vers le mien.
Mes yeux ne peuvent trop s'y soumettre.
Le creuset de ces cataclysmes trop m’enserre.
Me serre la gorge,
Me dévisse les jambes.
Mais vivre, parler, chanter.
Ma langue coincée derrière les barreaux.
Devenue folle,
Elle court chargée rue du Belvédere
Dans la fournaise des nuits bien trop pleines
Glisser au-delà des lacs gelés,
Contreforts des pics noirs et des neiges éternelles.
la langue de mon œil
De l'œil de ma langue
Sur l'établi
Cette harangue de forçat
II
Gare à la gare du Palais.
Les trains s’engouffrent dans le tunnel
Pour se perdre à jamais.
Gare à la gare écheveau de tours, de fenêtres, de frissons, de
lanternes qui se balancent dans le vent,
De poulies grinçantes de pendus, de fantômes, de revenants
Face au square Notger, le Palais.
Échos d'échos de mort que l’on ne voit pas
Mais que l’on devine, leurs voix mêIées
Aux cris stridents des wagons qui s’entrechoquent.
RâIes des siècles passés, des éternités foudroyées, des
tremblements de terres.
Enfer jamais sanctifié par les églises, mais enfer des églises
noircies par le charbon, les fumées, les tuberculoses, les
crachats, les morts prématurés, par les cancers au cœur du
cancer,
Par les vierges folles qui avec le crucifix s’arrachent le sexe,
pincent, mordent, torturent, martyrisent le cœur des nouveaux nés
Au regard de la gare du Palais de l’église Sainte Croix.
Au regard et aux sons des cris terrifiants des aliénés.
Alors, gare à la gare du Palais
D'ailleurs trop tard.
Et le square Notger ?