Ça n'a l'air de rien, ça touche à tout
On croit faire sa crotte pour soi, son pipi pour soi aussi, et puis on s’aperçoit un jour que ces petits soulagements quotidiens sont aussi des événements majeurs. Or, ce jour de la grande révélation est arrivé. Un ouvrage intitulé « Un petit coin pour soulager la planète » nous en convainc, destiné aux citoyens plus ou moins responsables, véritable « manuel de savoir vivre sans emmerder la planète ». Car il s’agit bien de ne pas chier assis sur n’importe quelle lunette aveugle brevetée par les compagnies des eaux, lesquelles s’entendent mieux à multiplier leurs bénéfices par tous les moyens qu’à tenir compte de l’équilibre environnemental.En moyenne, en France, plus d’un quart de l’eau potable consommée (157 litres chaque jour par habitant) est utilisé par les chasses d’eau. Et ainsi chaque cascade lancée sur nos excréments est une grosse larme de crocodile versée sur les pénuries qui pointent leur nez. Entre un certain hygiénisme indispensable et un gaspillage délirant il existe pourtant des solutions raisonnables. Plutôt que de raccorder l’ensemble des terriens à des réseaux coûteux, option invraisemblable au regard des quantités d’eau disponibles, il est urgent de prôner l’usage des toilettes sèches pour chacun, et pas seulement pour les habitants des pays sous-consommateurs pas encore raccordés (l’immense majorité) ou les campagnards de partout, car il est possible de « faire » sans eau également dans les zones urbaines, l’auteur nous cite des exemples.
Le Mouton fiévreux (3e série) n°1 (2005)