depuis que mon ami est parti

je ne crache plus sur les morts

je vois venir ceux qui passent

dans le chemin qui vagabonde

la terre se creuse sous les pas

qui vient en face je le salue

je l’accompagne en silence

« comment t’appelles-tu ? »

je ne réponds pas

mais je marche aussi bien

moitié rêveur moitié inquiet

il n’y a rien pour effacer ce rien

à la place d’un homme fidèle

alors je me couche souvent

pour tomber de l’horizon

je ne veux pas m’éloigner

d’autres me transportent

mais ne me guérissent pas

mon secret je le garde

et juste dire son nom

cela serait le trahir

m’arracher à lui

maintenant où suis-je ?

sur un navire de pierre

creusant debout ma vague

et l’enfant qui bave

c’est un baiser hasardeux

sur du papier journal

daté de son départ

et moi ici déchiré

déchiré

  

  

  

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