quand tu n'as rien

que ton corps en otage

un chemin qui vise à t'éreinter

et les espions du royaume qui te poursuivent

des yeux braqués sur tes moindres gestes

sur tes vêtements transparents, sur les cadeaux que tu reçois,

sur ce qui pourrait te garder la vie possible

quand tu n'as rien

que tu crois avoir droit à la moitié du minimum

que tu te souviens « liberté, égalité, fraternité »,

on t'a bien baisé, t'étais vraiment trop con

l'école est un mensonge de flic et de prof

la beauté ne vaut plus rien si tu l'éprouves

ta collection n'a pas la cote

tu n'investis jamais et tu te plains ?

la récolte t'oublie, tes souliers sont troués

la marche au soleil te cuit les os

écoute pourtant le message de honte

ne t'en prends qu'à toi, pas de mystère social

la déchéance est un mauvais résultat

tu ne manques à personne

le monde est plein de tout ce remplissage

prier conviendrait à la situation

si tu avais la foi tu n'en serais pas là

tu n'aurais pas rien

que ton corps en otage

sur un chemin qui se retourne déjà

se recroqueville comme toi

mange dans la main qui te frappe

un corps humilié cent fois

par les kapos du social

concentration des humiliés entre eux

les précaires, les Roms, les schizophrènes,

fragiles résidus du royaume avare

de forteresses en barricades les corps se divisent

de vainqueurs en vaincus

tu n'as pas faim, tu es gavé de mal,

du pain rassis pour pauvres

ou des goinfreries aux rabais qui te filent la chiasse et le cancer

quand tu n'as rien

tu te gardes ta maladie

ça te réchauffe presque, et tu es nombreux,

avec les malades, les agonisants,

le sourire te reviendrait presque

presque rien c'est bien assez

tu n'es plus seul, la confrérie enfin

à l'heure des trop tard

des otages répartis sur des civières

portés par des kapos dévoués

des prolétaires

derniers de la classe

quand tu sonnais encore

à la porte


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