bout des branchages nus

le lacis des ramilles
trame le jour

et forme un tissu neuf
imperceptible tout tremblant

encore à mi-chemin
de la vapeur et du tangible

ça vibre là intensément
dans ce réseau entrelacé

de vaisseaux minuscules

et de filets nerveux



trémulation secrète
une lumière cligne

foyer vibrant
affleurant dans ta vue

comme si l'œil caché
qui en tout point te voit

voulait se densifier
et naître à ton regard de chair !

 

 Montgiroux, le 2 février 97

 

 ***

 

branches nues de l'hiver
sur un après-midi bleu d'or

l'air est corpusculaire
presque grenu de grand silence

la cime des arbres têtards
brosse le ciel immaculé

de même la crête du bois
qui frange le haut de la rive



dans le faisceau des scions
palpite la lumière
et le jour s'y accroît

une incroyable oscillation de vie
où danserait le feu sacré
des moindres manifestations

visibles
et invisibles !

Montgiroux, le  4 février 1997

 ***

 

chemin faisant
en cet instant de mai

brise douce je bruis
friture dans mes frondaisons

il m’arrive de rissoler
ou même je ris franchement

je danse autour des troncs
d’un coup je torsade mes arbres

je coule de source je flue
tout m’est scintillement

l’écaille des risées
comme les poissons minuscules

vaste ondoiement ou traits tirés
- volées vives d’éclairs -

je file sous la peau de l’eau
je flotte et moire ma surface

je brille haut
si bleu le fleuve immensément

je pousse à pleines rives vertes
en une profusion d’odeurs

en fait je suis poussé
car sans volonté propre

je bourgeonne parmi les tiges
bourdonne sur les feuilles

entre des points blancs jaunes rouges
et des mauves si délicats

je me promène
j’avance sur le chemin de halage

et ce faisant
je me dirige vers moi-même

je vais là d’où je viens
sans cesse je m’explore !

in Tiens n°4 (1997)

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