une rencontre
nous fait respirer
le grand large


et c’est toujours l’autre
qui nous donne
un visage.


         *

quelques verres
nous de lestent du poids
des habitudes
alors l’amitié
saute à pieds joints
sur la table
quand la mélancolie
est là encore
sans les miettes.


 
         *

au dehors
des panneaux indicateurs
nous incitent à repousser
nos limites


ce qui nous est donné
à vivre
luit sur l’asphalte


fait des bonds
avec les sauterelles
sur les bas-côtés.


 
         *

les souvenirs
s’en vont faire un tour


nous regardons mourir
la houle des blés
contre les portières de la Ford

l’énergie déferle
en nous


sur tout ce qui refluait
loin de nos cœurs.


 
         *

loin derrière
une pomme pourrit
raconte tant de choses
sur une table.


 
         *

il n’y avait rien d’autre
derrièrre toute chose nommée

marcher sur les pas
d’une existence sans espace


flotter dans une absence d’air

faire semblant de vivre
était aussi aisé
qu’aller faire son tiercé.


 
         *

maintenant la pensée
s’écoule sur la route
et dans les champs


nous roulons sur une départementale
tracée pour l’insouciance


rêvant de nous allonger
joue contre elle
tiède au couchant
pour écouter le monde.


                                                       Michel Bourçon

                                                      in Tiens n°9

 

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